Enterrements clandestins ches les PDIs

Ebola à Bunia : les sites de déplacés de Kigonze et de l’ISP au bord de l’implosion sanitaire

Bunia, le 18 juin 2026La situation sanitaire redoutée dans les sites de personnes déplacées internes (PDI) de Bunia est désormais une réalité alarmante. L’épidémie de Maladie à Virus Ebola (MVE) a fait son entrée dans les sites surpeuplés de Kigonze et de l’ISP, transformant ces lieux de refuge en véritables bombes sanitaires. La Caritas Bunia, gestionnaire de ces sites, tire la sonnette d’alarme face à une recrudescence inquiétante des décès et une résistance communautaire qui menace de faire basculer la région dans une catastrophe humanitaire majeure.

Une mortalité fulgurante et des chiffres qui inquiètent

Depuis 48 heures, la situation sur le site de Kigonze est particulièrement alarmante. Entre le 17 et le 18 juin 2026, pas moins de 13 décès ont été enregistrés, portant à 73 le nombre total de morts recensés depuis avril dans les sites d’ISP et de Kigonze. Ce bilan est d’autant plus inquiétant que 62 enterrements ont été effectués clandestinement par les déplacés eux-mêmes, contre seulement 11 pris en charge par l’équipe de riposte EDS (Enterrements Dignes et Sécurisés). Avec plus de 21 autres enterrements non déclarés officiellement, cette sous-notification massive révèle l’existence de décès dissimulés, probablement liés au virus, et témoigne de l’ampleur réelle de la transmission, que les chiffres officiels ne reflètent pas.

La forte promiscuité dans ces sites, combinée au non-respect des protocoles sanitaires lors de la manipulation des corps, crée un terrain particulièrement favorable à la propagation fulgurante du virus. La résistance des populations aux équipes de la riposte, notamment pour les prélèvements post-mortem indispensables à la confirmation des cas, aggrave encore la situation.

Les causes d’une crise annoncée

Les investigations menées par la Caritas Bunia et le Médecin Chef de Zone (MCZ) de Bunia lors d’une réunion d’urgence ce matin ont mis en lumière les causes profondes de cette crise. La défiance envers le système de santé est criante, se manifestant par une non-fréquentation du Centre de Santé dédié et un recours massif à une médecine parallèle prodiguée par des tradipraticiens à l’intérieur même des sites . À cela s’ajoutent une hostilité ouverte envers les équipes d’alerte, un manque de personnel de suivi et de moyens de communication, ainsi qu’une absence totale de contrôle sanitaire aux entrées des sites . Les corps de déplacés décédés à l’extérieur sont ainsi réintroduits clandestinement, et des malades se déplacent sans contrôle avant de venir mourir au sein des sites.

Lire aussi : Ebola Ituri : Caritas Bunia alerte sur les sites de déplacés – Caritas Bunia

La Caritas Bunia et ses partenaires mobilisés

Face à ce péril imminent, la Caritas Bunia, en étroite collaboration avec les autorités sanitaires et ses partenaires, a immédiatement mis en place des résolutions pour tenter d’enrayer la propagation. Les équipes sont déployées dans les blocs où des cadavres sont signalés pour des séances de sensibilisation « à chaud ». Des dialogues sont engagés avec les tradipraticiens pour surmonter les résistances culturelles, tandis qu’une vaste campagne de communication est lancée pour informer les déplacés de la gratuité des soins au Centre de Santé et au Centre de Traitement Ebola (CTE).

Un plaidoyer pour une action immédiate

La Caritas Bunia lance un appel urgent à l’ensemble des acteurs humanitaires et à la communauté internationale. Il est impératif de :

  • Soutenir financièrement la Caritas Bunia pour lui permettre d’assurer son rôle de gestionnaire des sites et de mener des campagnes de sensibilisation intensives.
  • Mobiliser des fonds pour la formation des jeunes leaders du site sur l’importance de la riposte et fournir d’urgence des kits de protection et d’hygiène.
  • Améliorer drastiquement l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement (WASH) en installant des points d’eau potable et des latrines d’urgence.

Le personnel de la Caritas et ses volontaires, comme la Croix-Rouge, sont en première ligne, risquant quotidiennement leur vie pour organiser des enterrements dignes et sécurisés et briser la chaîne de transmission. Leur sécurité et leur travail doivent être garantis.

Conclusion : Une course contre la montre

La situation dans les sites de PDI de Bunia est entrée dans une phase critique. Sans une intervention coordonnée et vigoureuse dans les prochaines 48 heures pour restaurer la confiance, imposer le contrôle sanitaire et briser la chaîne de transmission, l’épidémie risque de s’étendre de manière incontrôlable à l’ensemble de la région. La Caritas Bunia appelle à une mobilisation sans précédent pour éviter une catastrophe épidémiologique majeure.

Découvrez le communiqué complet ici : https://bit.ly/4vXfR4D

Aimé Lopa

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