Photo famille Kiosque_Ebola

Le Kiosque Ebola de Caritas Bunia : un espace d’écoute et de dialogue au cœur de la riposte en Ituri au centre-ville de Bunia

Bunia, le 07 octobre 2026 – La lutte contre la Maladie à Virus Ebola (MVE) en Ituri ne se joue pas uniquement dans les centres de transit ou de traitement, lors des campagnes de vaccination, dans les articles des médias ou dans les émissions radio/télédiffusées. Elle se joue aussi, et surtout, dans les esprits et au sein des communautés. C’est fort de ce constat que Caritas Bunia, en partenariat avec l’ONGI Trocaire, a mis en place un « Kiosque d’info sur Ebola » à Bunia. Ce dispositif original, conçu comme un espace public d’information, de dialogue et de veille sociale, vise à comprendre les perceptions, les craintes et les attentes des habitants pour mieux y répondre.

La pertinence de cette approche a récemment été saluée par la visite d’une délégation du siège de Trocaire, conduite par Monsieur Dejene Fikre, Gestionnaire Humanitaire Global de Trocaire. Cette visite a permis de constater l’impact de ce Kiosque, financé par Trocaire, sur le terrain.

82 interactions documentées pour comprendre les réalités communautaires

L’analyse du rapport d’activités du Kiosque, couvrant la période du 1ᵉʳ août au 30 septembre 2026, révèle l’ampleur de la tâche. Pas moins de 82 interactions ont été documentées, offrant un aperçu précieux des préoccupations et des causes de résistances qui persistent au sein de la communauté.

Le registre du Kiosque, structuré autour des colonnes « Messages », « Rumeurs », « Plaintes » et « Questions », permet de brosser un tableau nuancé des défis à relever. Deux constats majeurs se dégagent : la persistance de rumeurs tenaces et l’existence de lacunes informationnelles profondes.

Les rumeurs, un obstacle majeur à la riposte

La méfiance envers les autorités et les institutions reste un frein puissant à l’adoption des comportements préventifs. Les rumeurs, qui évoluent et s’adaptent au fil du temps, en sont la manifestation la plus visible. Parmi les plus fréquemment rapportées, on note :

  • La peur du vaccin : « Le vaccin transmettra Ebola », « Ce vaccin est faux », « Le vaccin guérit-il ? Sera-t-il gratuit ? Protège-t-il à 100 % ? »
  • La théorie du complot international : « Ebola est la politique des blancs », « Ebola a été apporté en Ituri par les blancs à cause de la richesse de la province », « Le gouvernement est complice de cette épidémie ».
  • La méfiance envers les soins : « À l’hôpital, tout cas est dit Ebola », « Les équipes de riposte administrent de l’eau dans les veines des gens pour les tuer », « Les équipes de santé contaminent les gens », « Les médicaments antipaludiques distribués lors de campagnes servent à amener Ebola dans nos avenues ».
  • La confusion avec d’autres maladies : « Ebola, c’est seulement la malaria ».
  • La croyance aux tradithérapies : « Les plantes traditionnelles guérissent la MVE, alors pourquoi décourager les gens ? »

Ces croyances traduisent une profonde inquiétude et un besoin criant de réponses claires, transparentes et adaptées culturellement.

Des questions fréquentes révélant des lacunes d’information

Les questions posées par la communauté au Kiosque mettent en lumière des sujets qui nécessitent une communication plus pédagogique. Elles portent sur des aspects variés de la maladie :

  • Sur la transmission : « Le virus peut-il rester dans le sperme et comment se protéger dans un couple ? », « Un moustique peut-il transmettre Ebola ? »
  • Sur la guérison et l’immunité : « Comment les gens sont déclarés guéris alors qu’il n’y a pas de vaccin ? », « Après être guéri d’Ebola, peut-on se contaminer encore ? », « Pourquoi les guéris d’Ebola ne sont pas contagieux ? »
  • Sur le vaccin : « Le vaccin pour les femmes enceintes n’est pas dangereux ? », « La population aura-t-elle le même vaccin que le gouverneur ? », « Cherche à avoir la confirmation sur le prétendu vaccin contre la souche BUNDIBUGYO. »
  • Sur la prévention et la protection : « Comment se protéger avec cette foule du marché central ? », « Laver les mains me protégera complètement d’Ebola ? »
  • Sur la fin de l’épidémie : « Ebola est fini ? Devons-nous reprendre nos anciennes habitudes ? », « Combien de temps Ebola durera encore dans notre province ? »
  • Sur l’éthique et les droits : « Et si quelqu’un refuse de se rendre à l’hôpital, peut-on l’amener SANS SON CONSENTEMENT ? »
  • Sur la communication vers les enfants : « Comment informer les enfants sur Ebola sans les terroriser ? »

Un dialogue continu pour une riposte efficace

Le Kiosque Ebola de Caritas Bunia ne se contente pas de collecter des données. Il est un lieu d’écoute active et de dialogue, permettant de rétablir la confiance et de fournir des réponses adaptées. Face à la persistance des rumeurs et à l’évolution constante des perceptions, la réponse doit être continue et flexible.

La visite de la délégation du Siège de Trocaire, conduite par Monsieur Dejene, réaffirme l’importance de ce partenariat et la pertinence de ce type d’initiative. En donnant la parole aux communautés et en documentant leurs préoccupations, Caritas Bunia et Trocaire contribuent à une riposte plus humaine, plus efficace et mieux ancrée dans la réalité de la population iturienne.

Le Kiosque Ebola demeure un maillon essentiel de la stratégie de communication et d’engagement communautaire, rappelant que pour vaincre une épidémie, il faut d’abord comprendre et écouter ceux qui la vivent au quotidien.

Communication Caritas Bunia

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